Casque Hifi

Meze Empyrean : la grosse fessée

écrit par audio du village

Attention ! Derrière ce titre suintant la classe à grosses gouttes se cache un petit enfant.  Ou plutôt non : un passionné. Un passionné qui depuis vingt ans a posé sur ses oreilles des dizaines et des dizaines de casques, qui trop souvent peine à s’extasier. Il y a les mauvais, les sans intérêts, les corrects, les bons, les excellents. Et enfin, parfois, les élus de mon cœur. Mes premiers intras moulés JH13 il y a 10 ans, le Stax SR009 posé avec un petit Whisky, la découverte des basses incroyable du Audeze LCD2,  le meilleur casque du monde Orpheus HE1 de Sennheiser, l’Utopia de Focal chez un ami de bon gout… Le Meze Empyrean ce samedi, au Paris Audio Video Show, dans un banal espace d’écoute longeant les murs d’une grande salle.

Je ne m’attendais à pas grand chose à la base. L’Empyrean, casque Hifi annoncé en Janvier, fait suite à un bon petit nomade boisé, ainsi qu’à son petit frère de plastique, les 99 Classics et 99 Neo. Autant dire un univers d’écart, et un prix littéralement décuplé.  Mais, une chose que je m’évite à tout prix de faire est de tirer des conclusions hâtives ou de donner des leçons à une marque, il y a des trolls de forums pour ça. Bien sûr je cultivais d’énormes doutes, mais je ne demandais qu’à les voir balayer.

 

Meze Empyrean : présentation

Annoncé donc en début d’année, le Meze Empyrean est décrit comme un modèle à driver « Isodynamic hydrid Array » , qu’on pourrait traduire par « isodynamique à zone hybride ». Ce nom assez original n’est ni plus ni moins qu’un driver Orthodynamique, ou planar, ou planaire en bon Français que je n’utilise qu’une fois sur dix. Je reviendrais sur ce type de driver dans un article dédié.

Meze Empyrean prise en main

modèle testé sur le salon

Mais l’Empyrean n’est pas un Planaire classique. Sa membrane plane et de grande taille (l’intégralité de l’oreillette) est toujours prise en sandwich par 2 réseaux d’aimants créant chacun un champ magnétique isodynamique,  chose qu’on retrouve sur tous les modèles utilisant cette technologie. Mais, elle diffère sur 2 points :

  •  Les réseaux d’aimant ne sont pas distribué en lignes parallèles mais en courbes et en spirales
  •  La bobine solidaire de la membrane est divisée en 2 zones, celle suivant les courbes pour les basses, celle suivant les spirales pour le reste du spectre
Meze Empyrean Structure du driver

Structure du driver, Cadre (partie noire aux 2 extrémités) en fibre de verre, 2 réseaux d’aimant (courbes et torsades noires) autour d’une membrane abritant 2 réseaux de bobines, l’une serpentant, l’autre en rond

 

Cette disposition en 2 zones permet donc d’être « virtuellement » un modèle deux voies au sein d’une même membrane, la plus grande surface permettant de s’occuper des basses pendant que la plus petits assure le reste. Sur le papier pourquoi pas.

Ce driver « miracle » n’est pourtant pas né du jour au lendemain, ni même en un an ou deux. A l’origine se trouve la marque Rinaro, entreprise Ukrainienne fondée sous l’URSS et développant l’approche Planaire depuis environ 30 ans. Celle-ci a apparemment déjà fourni des drivers à la marque Oppo. Rinaro met maintenant en avant sa collaboration avec Meze comme exclusive.

Empyrean Vue en squelette de la coque

Vue en squelette de la coque

Pour les caractéristiques sonores :

  • Réponse en fréquence 4Hz-110Khz (encore une fois sans doute fantaisiste)
  • Impédance de 31,6 Ohms
  • Sensibilité de 100 dB/mW

Je m’arrête un instant sur la sensibilité, car celle-ci est inhabituellement élevée pour un modèle Planaire, tournant d’habitude entre 85 et 90 au mieux. En l’occurrence, le modèle pourrait donc fonctionner sur un baladeur audiophile ou un ampli pas trop puissant, voire un smartphone pas trop faiblard, ce qui serait quand même du gâchis.

Pour le reste des caractéristiques :

  • Châssis intégralement en Aluminium Usiné, coque intégralement usinée à partir d’un seul bloc
  • Arceau en fibre de carbone
  • Repose tête en cuir
  • Poids : 430 gr dont 164gr de drivers
Meze empyrean Vue du châssis

Vue du châssis

Là encore, le modèle est un peu à part. Les Planaires utilisés en hifi sont généralement plus proche des 600gr, voire les dépassent, ce qui est ma raison principale pour ne pas en avoir acheté un. J’adore les Audeze, mais 600gr sur la tête est impossible pour moi pendant des heures. Les Hifiman en revanche font de très nets progrès, les Susvara et HE1000V2 faisant respectivement 450 et 480gr.

Meze empyrean arceau

Schéma de l’arceau, censé répartir le poids sur une plus grande surface qu’un arceau traditionnel

Enfin, le prix annoncé est de… 3000 euros. Très cher, d’aucun diront trop cher, mais là encore un produit de niche qui se veut comme une exception. Certains payent bien des Objectifs photo Leica à 5000 ou 10000 ou des guitares à ce prix sans que cela ne choque. A chacun sa passion dirait le sage.

Meze Empyrean : Première écoute

Tout comme avec le Focal Elegia, je ne porterai pas un jugement définitif, la durée d’environ 15 minutes permet de se faire une très bonne idée, mais ne remplace pas une écoute prolongée et comparative.

Néanmoins, j’en ai entendu assez pour savoir que ce fut une très grande claque.

En fait, je serai assez synthétique.

J’ai écouté lors de cette journée, pour les plus haut de gamme :

  •  Hifiman Susvara : un modèle Planaire à 6 000 Euros soit le double du Meze
  •  Hifiman Shangri-La JR  : un électrostatique à 4 000 Euros seul et 8 000  avec son ampli
  •  HE1000V2 toujours de la même marque, branché en symétrique : Planaire à 3 100, le plus proche donc.
  •  Sony Z1R : un haut de gamme fermé trouvable maintenant autour de 1 800
  • Sennheiser HD800s : haut de gamme ouvert, autour de 1 600
  •  Stax SR009S : plus haut de gamme Electrostatique de la marque Japonaise, autour de 5 000 seul

Enfin, également les intra que je ne compterai pas dans la liste, trop à part !

  • Intra IER-Z1R de Sony, autour de 2 200
  • Earsonics Grace, modèle 3 voies et 10 drivers à 1 999

 

Meze Empyrean vue de face

Je ne compterai pas non plus ma courte écoute du Shangri-La, un équivalent du Sennheiser Orpheus coûtant… 50 000 euros avec son ampli dédié. L’ampli dédié n’était pas présent, mais même ainsi la différence de prix est telle qu’on ne peut comparer ce casque qu’au Sennheiser.

J’ai également reposé une oreille sur le Focal Utopia, mais même pas une minute, pour la céder à quelqu’un qui manifestement en rêvait. Chose que je regrette un peu…

Car justement, mis part le Shangri-La et l’Utopia dont je ne pourrai même pas donner un avis tant l’expérience fut courte, le Meze Empyrean fut clairement celui qui m’a le plus impressionné de la journée. Peu importe les différences de prix, je parle uniquement du son. Chose qui aura ou non son importance, je l’ai testé via un branchement symétrique en XLR 4 broches.

 

Premièrement, le casque ne sonne pas comme un planaire classique, j’ai plutôt eu l’impression d’un mix entre un planaire et un électrostatique. Le  rendu est d’un naturel absolument bluffant, légèrement chaud, sans emphase marquée ni dans les aigus ni dans les graves, mais avec une très bonne extension  de part et d’autre. Le casque descend très bas avec une immense facilité, mais monte aussi très haut, ce qui est plus rare pour un planaire. Cette montée dans les aigus ne se fait pas non plus à coup de pics comme le font généralement les Hifiman.

Le modèle est ainsi extrêmement détaillé, étonnamment ample dans sa présentation sonore, mais sans user d’une signature type V par exemple. En gros… tout parait simplement naturel (je me répète) sans être ennuyeux, plus encore que le Stax qui pourtant est un excellent client et partage des similitudes. Le Meze Empyrean empreinte beaucoup au son électrostatique, mais sans sa retenue, sa sonorité parfois un peu terne. Le HE1000V2, modèle presque du même prix, ne donne jamais une telle impression de facilité.

Très bonne gestion des attaques, des sonorités claquantes, des percussions, le modèle était extrêmement énergique au besoin. A ce petit jeu je mettrais tout de même devant les meilleurs Audeze, LCD4 en tête, gardant un impact encore plus ample sans être plus énergique.

De même, si le casque sonne de manière très spacieuse, se projetant à fois en avant et sur les côtés, je pense le HD800s est toujours plus large, mais pas forcément plus agréable. Pour la qualité des aigus, la séparation en 2 zones pèse clairement dans la balance. J’aime les Audeze, mais ceux-ci présentent toujours des aigus un peu en retrait, de bonne qualité mais manquant d’extension. Pour les Hifiman c’est autre chose, je  trouve les aigus  un peu « artificiels » en comparaison, moins naturels, exceptés sur le Shangri-La Jr. Seul le Focal Utopia m’a paru de la même trempe durant ces cessions d’écoute. Mais, faute d’avoir suffisamment pu me rappeler à son bon souvenir, j’éviterai de m’avancer.

Le casque a paru à l’aise avec tous les styles, aucun problème que ce soit pour des genres rapides ou posés. La petite pointe de chaleur sans tomber dans le son voilé en fait un modèle parfait pour les pistes correctement mixées. Il m’a paru forcément moins à l’aise avec les mix plus embrouillés, mais il pardonne pourtant plus qu’un HD800s ou un Stax SR009s.

Tout cela serait déjà génial si, en plus, le Meze n’était pas un modèle très confortable. Aucun des modèles testés ici ne tassait les vertèbres par son poids. Néanmoins la forme et la textures des oreillettes, ainsi que la forme étrange mais efficace du repose tête fait qu’il semble très agréable à porter. Difficile de se faire un avis définitif en 15 minutes, mais la conception parait plus abouti que sur les Hifiman ou le Stax (un peu à l’ancienne), et moins flottante que sur le Sony Z1R  pourtant très honnête. Je le mettrais à égalité, dans son genre, avec le HD800s. Ce dernier est plus léger, mais ses coussinets bien plus larges pourront diviser, ceux du Meze Empyrean épousent plus la forme des oreilles.

Bref, via cette écoute trop courte je me suis pris une véritable claque. Bien sûr le modèle est assez cher, mais je l’ai trouvé extraordinaire. Il n’est clairement pas dans mon budget actuel, mais s’il y a bien un modèle que je veux réessayer, voire plus, c’est bien celui-là.

 

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