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Casque Ovni #4 : Grado Bushmills

écrit par audio du village

Qu’elle est cliché mais oh combien vraie ! Cette image de l’audiophile coulant dans son fauteuil, un verre de spiritueux dans la main, si possible un bon, vieilli des années en tonneau. Mais cette vision, justement si classique, met en valeur une chose simple : Il est bien plus simple de profiter de ses sens le soir, si possible détendu. L’audio est tout autant une donnée technique qu’une prédisposition de l’esprit. Peu de chance d’apprécier au maximum votre meilleur casque, dans le cirage, au saut du lit. L’esprit est encore embrumé, souvent en plein stress, tout sauf ouvert à la musique.

Cette semi-banalité dite, quel est le point commun entre la firme de Brooklyn Grado et la distillerie Nord-Irlandaise Bushmills ? A priori pas grand chose, si ce n’est un casque audio sous forme de partenariat, le tout saupoudré de la bénédiction de Frodon Sacquet (ou Frodo Bessac selon la nouvelle traduction).

Grado Bushmills : du meilleur Tonneau

Nous sommes fin 2012. A cette époque, Grado n’est plus uniquement le petit fabricant de casques à échelle humaine. Sa communication s’est affinée et les partenariats sont déjà assez nombreux. Du HF1 de 2005 fabriqué pour le site Headfi, en passant par le Dolce & Gabbana de 2012, les collaborations ne sont plus des cas isolés même si le plus gros est à venir.

Mais tous ou presque, en tous cas ceux qui suivront, ne sont que des redites maquillés de casques déjà existants, parfois légèrement réglés, parfois non. En tous cas, ils se limitent bien à des exercices simples, loin de ce qui nous attends.

On ne sait pourquoi, cela restera un secret, Bushmills a une idée. Une idée peut être folle, prise entre 2 dégustations ou à jeun :

« Et si nos tonneaux de maturation servaient à quelque chose d’autre ? Une marque bien artisanale comme Grado fabrique déjà des modèles boisés. Bien sûr, ils se basent sur des bois spécifiques, du Mahogany (acajou) par exemple. Mais pourquoi ne pas tenter autre chose ? Nous avons du bois, ils ont le savoir faire. »

Fin 2012 donc, les Irlandais de Bushmills contactèrent Grado en vu de partager cette idée. Et aussi saugrenue soit-elle, Grado plonge dedans et relève le défi.

La contrainte ? Imaginer un casque unique, ne reprenant pas un design déjà abordé, tout en se servant du Chêne blanc utilisé pour les tonneaux de vieillissement. Pour être plus précis, des tonneaux ayant déjà servi pour ce processus. Un supplément d’âme, une coque ayant déjà vécu 2 autres vies : l’une dans l’arbre, l’une dans le Whiskey.

Grado Bushmills : Un tonneau pour les gouverner tous

C’est là qu’entre en jeu 2 personnalités, dont seule la première va véritablement apparaître dans les papelards de l’époque : Elijah Wood et Zach Cowie.

Et oui, Frodo en personne, en tant qu’un des porte-paroles de la marque Bushmills, va participer au projet avec Zach Cowie (compositeur). Il faut dire que les 2 bonhommes étaient alors régulièrement présents pour des DJ set en duo sous le nom Wooden Wisdom. Leur association n’a rien de surprenant.

Difficile de savoir qui a eu la paternité de l’idée. Est-ce un ponte de chez Bushmills ? L’un des deux amoureux de musique cités ici ? Difficile à dire. L’essentiel est que les deux compères seront à la fois les porte-paroles et sources d’une bonne pub pour le casque, mais ont surtout dessiné le modèle.

Le Cask audio

Le Grado Bushmills, plus qu’un casque, est avant tout un pari. Il faut être clair : Oui le modèle part de drivers éprouvés, mais il reste dessiné par 2 passionnés dont ce n’est pas le travail, le tout dans un bois qui n’est absolument pas une valeur sure de l’acoustique (en fait, pratiquement personne n’utilise le Chêne pour ça). Le trio Grado/Wooden Wisdom/Bushmills va ainsi accoucher d’un prototype, berceau de nombreuses craintes, pour un résultat qui dépassa finalement leurs espérances.

Côté drivers, on ne sait absolument rien. Sans doute issu des séries SR, ou RS, voire HF, encore que beaucoup de modèles partagaient un driver commun. Reste qu’il fallu s’adapter à une problématique. Pour la tronche, l’impératif était de garder absolument la face arrière fermée. Autrement, rien ne laisserait penser à une petite touche Bushmills. Le modèle serait en chêne, voilà tout. Alors qu’ainsi dessiné, nous avons droit à une vraie tronche, une tronche qui tranche avec ce qu’à toujours fait la marque. Une impression de fond de tonneau bien à elle.

Le modèle reste un ouvert, car il est pratiquement impossible de fermer un Grado sans démolir les basses vu le débattement du driver. Le système d’évent se fait donc sur les côtés, presque invisible, taillé dans la circonférence de la coque. La marque nous habitue à voir son driver perçant à travers la grille, l’ami hobbit nous oblige à contempler ce bois presque sans âge.

Point de similicuir pour l’arceau, du cuir couleur cognac pour coller à l’ensemble. Ce choix est en partie fait pour souligner l’impression de vie du casque, selon les mots de Zach Cowie « Le (bon) cuir a une très grande durée de vie, et il n’a pas peur de montrer son âge ».

Pour ne rien gâcher, la marque livra le casque dans une petite caisse en bois, loin de la boite à pizza des modèles Grado habituels.

Grado Bushmills : disparition instantanée

Presque un an après le début de cette collaboration tripartite, le modèle estampillé Bushmills X Grado fut mis en vente à 395$ sur le site TurnTable. Cher oui, mais assez pour un Grado boisé, qui plus est aussi unique. Pour combien d’exemplaires ? Difficile à dire, reste que le stock fut liquidé le jour même. Quelques modèles supplémentaires au compte-gouttes réapparaissent parfois, à priori signe d’un stock assez conséquent venant de revendeurs. La marque est en tous cas claire sur son site : rupture de stock.

C’est quoi un projet Ovni qui au final fonctionne ? C’est ça : le Bushmills X Grado, toujours bien considéré par les fans. Pas autant que les HP1000 ou le PS1, mais un Grado qui ne risque pas d’être oublié.

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