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Casque Ovni #1 : Jecklin Float

Jurg Jecklin
écrit par audio du village

A l’instar de la rubrique « Casque Légendaire », le Casque Ovni présentera un modèle marquant,  cela pour des raisons bien différentes. Design ou technologie, ceux-ci sont souvent des bras d’honneur à leur époque, de vrais petits morceaux de sympathie en somme. Premier à s’y coller : le Jecklin Float.

 

photo écoute Jecklin Float

(mesdames, messieurs, contenez vos orgasmes)

 

Le plus beau, le plus esthétique de tous les casques de la création, une merveille de design Scandinave à votre service. Une simple photo suffit, le terme « tête de vainqueur » n’a jamais été aussi bien illustré que lorsqu’on le porte. Difficile de trouver un casque audio au design plus extravagant, plus décalé. Fruit de la folie s’emparant des années 70, il reste un de ces ovnis toujours intéressant d’avoir essayé… pas beaucoup plus. Revenons sur son histoire.

 

Comment c’est loin

L’origine de cette étrangeté remonte au début des années 70 dans la Suisse Alémanique. Jürg Jecklin, technicien à la radio Suisse et moustachu de son état, n’aime pas du tout le rendu étriqué du casque audio. On le comprend, l’époque est très différente, les casques corrects existent mais sont rares, souvent lourds, inconfortables et parfois étouffants. Autant dire que la spatialisation est plus qu’un luxe.

Il y a bien les électrostatiques Stax. Ces modèles ne seraient  plus des références maintenant, mais  ils mettaient des fessés aux électrodynamiques. Même ainsi, le son sonnait toujours « dans la tête », ne se projetait pas. « Ferme la et file acheter des enceintes » aurait-on pu lui dire. Mais Jürg et sa glorieuse moustache veulent aller un peu plus loin et faire avancer les choses.

 

Son concept est assez simple, celui d’enceintes de tête, rattachées ensemble via un arceau. L’enceinte ? Un panneau un peu incliné vers l’avant, légèrement éloigné de la tête par une mousse. Dans le panneau se fiche un driver. Un panneau à droite, un panneau à gauche et POUF : reliés entre eux via un « élégant » petit arceau façon film de SF fauché. Et c’est sans doute sur son esthétique que le casque survit encore. Presque cohérent dans son approche, le design vous marque, et les centaines ou milliers de casque aperçus ne vous le ferons jamais oublier. Le néophyte jettera sans doute des cailloux sur ce « monstre ».

Reste que cette disposition particulière des drivers et des panneaux  permettait, en théorie, de légèrement projeter le son en conséquence. Des modèles récents comme le HD800 de Sennheiser reprenne ce principe de manière réussie (et bien moins empirique). 3 mousquetaires naîtront en 1975  : les Jecklin Float 1 et Jecklin Foat 2, des électrodynamiques classiques, Le Jecklin Float Electrostat, un modèle plus haut de gamme, électrostatique donc. Ce dernier tapait dans les 300$ à sa sortie, soit environ 1400$ de 2018.

 

Jecklin Float : pour les curieux

Le produit reste intéressant, mais simplement pour l’essayer, comme la petite poire de grand papy étiquetée 1975. Même l’électrostatique, s’il sonne… correctement, reste une étrangeté sonore, un modèle s’effondrant totalement quant il faut parler de basses, sonnant un peu caverneux,  plutôt large dans sa présentation sans que cela paraisse réellement étudié à la base. Le son est projeté… mais à peine. Mon expérience de 1 mois avec ce casque ne m’a pas laissé de souvenirs impérissables, exceptées les mousses d’époque dégageant un fort relent de champignonnière.

 

 

Le vrai problème potentiel reste son ergonomie. Vous aviez peut-être chercher des réglages d’arceau ou des pivots sur l’image ? Stoppez tout de suite, il n’y rien de tout ça. Et oui, si votre tête ne rentre pas dans les critère du Jecklin Float, vous serez quitte pour, au choix : un mal de crâne chez les trop grosses têtes, une tenue impossible chez les petites. Un chef idéal et le port reste proche du claustrophobique, comme enserré dans un étau avant pression. Même ainsi calé, l’arceau ne laissait aucune liberté de mouvement, menaçant de choir à la moindre oscillation de tête.

 

Tu ne seras jamais que le second

Comme si l’avenir donnait raison au Jecklin, Stax sortira un modèle dans la même optique deux ans après le sien : Le Sigma. Modèle électrostatique, il plaça ses drivers  dans une sorte de boite semi ouverte jouant avec les réflexions.  Bien plus réussi, ce produit était d’une conception plus industrielle, plus carrée, et surtout plus confortable.

Stax SIgma

Stax Sigma

 

Une marque récente, Ergo, reprendra le flambeau de Jecklin dans les années 2000. On retrouvait les Ergo 1, 2 et AMT,  haut de gamme de technologie Air Motion Transformers (encore un autre type de driver).

Ergo 2

Modèle Ergo 2, reprenant les grandes lignes du design mais dans une techno plus moderne

 

 

Enfin, retour de la franchise Jecklin  via la marque Quad en 2012 avec le QA… dont personne ne parle vraiment malgré des premiers avis très positifs

 

Jecklin QA

Jürg Jekclin et un prototype du QA (source image)

 

L’histoire du Jecklin Foat est surtout marquée par son look indéfinissable, si ovniesque qu’il en devient sympathique, un peu comme un bon nanar. Ne retenir que cette dimension serait oublier que l’idée de base était de faire changer les choses, tester, oser aller au bout de son concept. Une longue quinzaine d’années suivra et verra apparaître des concepts tout aussi barrés chez Stax, AKG et d’autres,  concepts qui s’éteindront presque tous au début des années 90 pour s’affaler dans une ère plus sérieuse. Triste époque que la notre… encore que (ce sera pour la suite).

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