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Casque Légendaire #1 : Sony MDR-R10

Sony MDR-R10 image classique
écrit par audio du village

Cette rubrique et sa pompeuse appellation « légendaire » vous présentera, de manière plus ou moins régulière, un casque ayant marqué son époque. Premier de la série, le Sony MDR-R10.

Sony MDR-R10 : King Of Headphones

Son surnom de “King of headphones” devrait vous mettre sur la voie. Le Sony MDR-R10 est l’un des casques légendaires de la hifi. Véritable morceau d’art et d’histoire marquant le savoir-faire de la firme nippone à la fin des années 1980.  Le Sony MDR-R10 est considéré comme l’un des plus grands, si ce n’est le plus grand. Si perfectionniste, Japonais jusque dans ses moindres détails, qu’il fait encore claquer les petites fesses d’audiophiles. Extrêmement recherché, produit à seulement 1300 exemplaires, son prix pourtant élevé à sa sortie – 360 000¥ soit 2 500$ de l’époque –  n’a cessé d’augmenter, voire exploser récemment. Il n’est pas rare de voir un exemplaire se vendre entre 8000 et 15000 $.

Comme beaucoup de Produits d’appel, ou Flagship pour faire plus clinquant, tout commence par un rêve : « Il faut montrer qui a la plus grosse ». Et comme Sennheiser le fera pour le Orpheus, les ingénieurs de Sony eurent l’autorisation et le devoir de se lâcher, d’exploiter toutes les technos possibles pour le meilleur résultat. On le savait déjà, même à un prix extrêmement élevé ce casque n’allait jamais être rentable. Sony a bien tiré sur la corde sur ce point, exagérant sans doute assez largement la perte d’argent. Un peu de marketing ne fait pas de mal.

Comme si la phrase  « Japon, entre tradition et modernité » n’était pas assez cliché,  le Sony MDR-R10 s’appliquera à la transcender. Le meilleur de l’ancien et du nouveau, dans un objet qui à notre époque paraîtrait tout aussi anachronique qu’il l’était à sa sortie en 1989.

Coque

La coque pour commencer, usinée dans du bois de Zelkova Japonais presque bicentenaire. Cet arbre, pas spécialement rare dans le pays, l’est bien plus une fois très âgé, l’espèce n’ayant été importée qu’au début du 19ème siècle. Il est, pour rajouter au folklore, le bois idéal pour les tambours Taiko. Très esthétique et acoustique, il permet de donner au MDR-R10 une vraie tronche.

Structure

La structure est un peu plus classique… de loin. L’essentiel de l’arceau est par exemple dans un composite de fibre de carbone 4 fois plus élastique que l’acier habituel. Le genre de choses qui ne se faisait pratiquement pas en 1989. Idem pour la structure en magnésium, monnaie courante dans nos ultraportables modernes mais inexistante dans les casques d’alors. La combinaison des matériaux permettait de compenser la coque massive, limitant le poids à un 400gr très acceptable pour un casque hifi.

Driver

Enfin, le point le plus impressionnant : son driver. Assez classique de prime-abord, à savoir une approche électrodynamique à charge close pour un diamètre de 50mm, certes très étudiée, mais pas différent d’un casque standard, même nomade. L’énorme contraste venait de la membrane en elle-même.

La membrane d’un driver, la petite couche mouvante produisant le son, est l’un des éléments déterminants d’un casque. Souvent, on peut même reconnaître le matériau utilisé pour cette membrane par la sonorité émise. Papier, aluminium, titane, béryllium, polymère proche du déchet, fibre de bois, Pehd, ou mélange de tissus appelé pompeusement bio-cellulose, tous ont leurs petites caractéristiques. Bio-cellulose, c’est de ça dont il est question dans le R10, mais pas d’une simple et banale petite Bio-cellulose.

De son terme plus exact cellulose bactérienne, elle était obtenue en nourrissant une bactérie appelée Acetobacter Aceti. Cette bactérie sécrète naturellement une très fine (20 à 40 nanomètres) fibre, la membrane du R10 est donc organique. Sa production passait ainsi par cette phase laboratoire / boite de pétri demandant d’accumuler suffisamment de fibre pour une épaisseur de 2mm, réduite une fois totalement déshydratée et compressée à une épaisseur finale de 20 microns, celle qui définira la membrane.

Simple sur le papier, cette technique n’avait rien de carrée et encore moins d’industrialisable.  Le taux d’échec sur la fabrication d’un driver était alors dramatiquement élevé, sur les bases d’un 60%. La promesse : palier au désavantage des membranes classiques, apporter la rapidité  des modèles alu ou titane sans leur agressivité. Ce type de membrane servira également dans une série d’enceintes,  ainsi que dans quelques casques Hifi. Le MDR-CD3000 par exemple, parfois appelé le Baby R10, est encore très recherché. Le CD1700 l’est également un peu, certains le préférant même au CD3000. Le très vilain CD2000 l’est déjà beaucoup moins malgré une techno similaire.

Casque Sony MDR-CD3000

Modèle MDR-CD3000 (sorti en 1992)

Coussinets

Les coussinets et la gaine de l’arceau étaient, eux, dans un cuir d’agneau très haut de gamme venant de Grèce (j’imagine que les agneaux y sont meilleurs), fabriqué à la main selon un procédé très long. La légende veut, et j’avoue ne pas bien comprendre s’il s’agit juste du duo Arceau/Coussinet ou si cela inclut aussi la mallette de transport, qu’il fallait un agneau entier par casque. Ce dernier point difficilement véritable est : soit le signe d’une grande exagération marketing, soit la preuve qu’un agneau a un rendement déplorable pour le cuir, dans les tous cas la marque d’une époque encore plus insouciante pour la cause animale, les marques travaillant de plus en plus sur des simili de qualité proche et plus respirant.

Mallette

Parlons toujours cuir avec la mallette de rangement/transport. Presque plus décorative et statutaire qu’autre chose mais de fabrication très sérieuse d’après les possesseurs. Le petit système d’ouverture à clé qui va bien, les finitions laitonnées, le velours rouge, la plaque gravée, si vous aviez des doutes sur la prétention luxueuse (ou BDSM). Livrée avec la garantie et le numéro de série, la mallette reste un élément déterminant lors du prix à la revente.

(source image)

Câble

Un câble non-détachable… un défaut à notre époque mais la norme en 1989. Heureusement, sa construction était très sérieuse et terminée en Jack 6.35mm. Les cas de casses restent très rares et, de toutes manières, réversibles via un recâblage. Câble de 3M en LC-OFC (agencement particulier du cuivre), le matériaux (exploitable) le plus conducteur à cette époque, Jack plaqué or et rhodium, et gaine en Nylon. Rien de surlecultant maintenant, mais encore une fois le top de l’époque.

Production 

Le Sony MDR-R10 fut donc produit à probablement 1300-1350 exemplaires entre 1989 et 2004. Je met « probablement » car si rien n’est vraiment officiel,  les derniers numéros de série connus autours de 2003-2004 n’excèdent pas le n°1300. Vous pourrez lire ça et là le chiffre de 2000 exemplaires, mais de fait peu crédible.  Cette production, assez chaotique, s’est faite sous 2 périodes. La première entre 1989 et le début des années 90, la seconde entre la toute fin des années 90 et 2004.

Plus que des numéros de série, ce casque existe dans des déclinaisons plus ou moins officieuses appelées Bass-light ou Bass Heavy. Ces versions, comme leur nom l’indique, n’ont pas la même signature sonore, cela pour minces différences de Drivers.

C’est là que les ennuis commencent, car il y aurait 4 séries du fameux driver : 2 Bass-Light et 2 Bass-Heavy. Difficile de connaitre la version à moins de regarder le numéro de série… et même ainsi. Il semblerait (pincettes) que : les 200 premiers sont forcément Bass-Light et version 1 du driver(également les plus recherchés), les 300 derniers forcément Bass-Heavy et version 4 du driver, pour les 800 autres… difficile de savoir. Un bon gros foutoir principalement dû à la production en 2 époques. Peut être par nostalgie, la signature Bass-light des 200 premiers est la plus appréciée en général, ce qui en fait la série la plus recherchée, la plus rare, et par conséquent la plus chère.

Dans son malheur et pour la beauté de la légende, le R10 est irréparable côté driver. La marque ayant cessé la production, son stock maintenant réduit à néant, beaucoup des 1300 modèles ne sont plus fonctionnels. Ainsi, l’effet de rareté continue sa grimpette, et le prix ferme la marche.

Sony MDR-R10 Brochure 90's

La petite brochure d’époque, le casque et ses quelques 360 000 Yens

Légendaire ? 

Pas parfait en tout point, assez léger sur les basses et extrêmement cher, le Sony MDR-R10 reste pourtant le plus emblématique, le plus légendaire des casques de la création et, parait-il, inégalé sur la reproduction des médiums. Mes souvenirs d’écoutes personnelles remontent à près de 10 ans et sont donc un peu flous. Mais malgré l’incroyable objet pris en main, une grande partie de ses qualités vient du poids de la légende. Une légende de plus en plus rare. Qui sait s’il n’en reste pas des exemplaires dormants dans des mansardes, prêts à être revendus dans un vide-grenier pour une poignée d’euros.

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